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02.04.2007
Claude Duviau ou la révolte protopolitique
Il aura donc suffit de trois coups de fusil pour que s’envolent, comme perdreaux, les principes des libéraux.
Quoi ! Deux inspecteurs du travail au tapis et les voilà qui hurlent avec les loups socialistes contre cette pauvre gueule cassée de Claude Duviau. Au lieu de restituer à cette tragique altercation son authentique sens révolutionnaire. Comme si l’Etat allait se dissoudre de lui-même un fois déchiré le voile de l’idéologie. Ce voile camoufle des intérêts puissants et organisés qui ne se laisseront pas désintégrer sans réagir. Et quand ils passeront de la matraque quotidienne aux armes à feu, il faudra bien réagir. N’espérez pas une révolution sans quelques coups de pétards. L’acte de Duviau était stupide, parce qu’il ne servait à rien et ne pouvait déboucher que sur son emprisonnement à vie. Mais c’était une question de timing, pas une question de légitimité.
Oui, Claude Duviau était dans son droit en vertu de l’article 2 de la déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen de 1789. Dans un secteur où le respect du droit du travail est impossible, tout contrôle signifie la fermeture de l’entreprise, la faillite du patron et le chômage du personnel. Quand ils se présentent à la porte, les inspecteurs savent - et ils viennent pour ça, sur demande d’un concurrent jaloux ou d’un politicien mal engraissé - qu’ils repartiront en laissant un champ de ruine derrière eux. Il s’agit d’une forme évidente d’oppression à laquelle il est légitime de résister. L’acte désespéré de Claude Duviau était effectivement stupide, mais parfaitement légitime.
Et qu’on ne vienne pas me faire pleurer avec les enfants de victimes. Leur douleur n’est ni plus grande ni plus noble que celle de tous les orphelins de guerre ni même que celle des enfants Duviau, dont on ne parle jamais. Avez-vous d’ailleurs remarqué combien l’infâme récupération médiatique de l’affaire passe par ces enfants ? Comme si on évitait soigneusement de parler de la personnalité des fonctionnaires en cause. Or, tout le monde sait que les inspecteurs du travail se recrutent parmi la pire racaille socialo-communiste. Ce sont les plus excités, souvent doublement encarté au syndicat et au parti, qui prennent du plaisir à aller démolir les petits entrepreneurs individuels. Les syndicats eux-mêmes reconnaissent que ce « travail » constitue une forme de harcèlement moral. Condamnable chez les employeurs, moral pour l’Etat. Toujours le fameux double standard. Et voilà même certains libéraux qui se laissent aveuglés par une émotion savamment entretenue.
Pourtant, le message est très clair et parfaitement résumé par l’avocat général lors du procès devant « l’un de nos tribunaux » comme disait Spooner. « En s'attaquant à des fonctionnaires qui ne faisaient que leur métier, c'est en réalité à l'Etat et à la société que Duviau s'est attaqué ». Si l’on oublie l’invocation magique de la société, concept métaphysique au rabais qui a remplacé Dieu chez les partisans du bucher fiscal et du goulag festif, la vérité se présente nue comme au jour de sa naissance. « En réalité », Claude Duviau a osé s’attaquer à l’Etat. C’est cela qu’il paye aujourd’hui et c’est pour cela que nous lui devons notre solidarité.
D’ailleurs, les syndicats sont aussi extrêmement clairs sur les enjeux du procès de Moscou. « L'année qui a suivi le meurtre de nos collègues a été une année noire, avec une multiplication des incidents de contrôle sur le terrain, des injures et des menaces avec des références souvent explicites à Saussignac. » « Nous attendons une condamnation sans ambiguïté du meurtrier, qui permettra de rappeler que les inspecteurs du travail sont des agents de l'Etat à part entière, et qu'ils doivent pouvoir effectuer dans des conditions normales leur mission de respect du code du travail » « Ce que nous demandons, c'est que […] cette décision soit suffisamment explicite pour donner un signal à toute la France. » Amis libéraux, souvenez-vous du vieux Spooner : « Si, défendant ses biens, il venait à tuer un membre quelconque de notre association qui vous prête main forte, emparez-vous de lui à tout prix; accusez-le de meurtre (devant l'un de nos tribunaux); condamnez-le et pendez-le. […]Tuez tous ceux qui résistent, fussent-ils des dizaines de milliers; et par là frappez de terreur tous ceux qui sont semblablement disposés. Veillez à ce que la tâche meurtrière soit entièrement accomplie; en sorte que nous n'ayons plus d'autres troubles de ce genre par la suite. Lorsque ces traîtres auront compris notre force et notre détermination, ils seront de bons et loyaux citoyens pendant des années, et paieront leurs impôts sans demander quoi ni qu'est-ce.»
Amis libéraux, la peur est au cœur du dispositif de nos ennemis. Ne leur offrez pas la vôtre. Bien sûr, aujourd’hui, l’heure n’est pas à tirer sur les agents de l’Etat. C’est un suicide qui ne sert à rien. Il nous faut d’abord faire comprendre aux hommes comme Claude Duviau d’où vient leur rage, ce qu’elle a de légitime, et comment l’employer utilement. Il faut prévenir les fonctionnaires qu’un jour peut-être le rapport de force ne leur sera plus aussi favorable, afin qu’ils décident, en conscience, de continuer leurs activités criminelles ou, au contraire, de nous rejoindre. Il faut rappeler aux politiciens que mater la juste révolte des opprimés par la violence syndicale ne fait qu’entretenir un processus qui, un jour ou l’autre, les mènera à leur perte.
Mais, en attendant ce jour, gardons un souvenir respectueux de notre camarade Claude Duviau.
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